Lors de la séance du 15 mai 2018, le conseil
municipal a décidé de mettre en vente le terrain derrière le lavoir, qui fait
partie du domaine public de la commune.
Avant que cette vente puisse avoir lieu, il faudra attendre que la
division cadastrale de la parcelle, qui contient actuellement le terrain pour
les petits, le terrain multisports, le terrain herbeux et le lavoir, soit
effective. Des maisons devraient y être construites, ce terrain étant
classé en zone urbanisable.
Nos propositions :
Cet espace vert public est idéalement situé tant
pour l’esthétique de l’entrée du village, en maintenant une arrivée à Scy
agréable (avec la mise en perspective du lavoir), que pour les enfants de la
commune. Contrairement à de nombreux lieux du Saint-Quentin, son relief n’est
pas inadapté aux jeux des enfants. C’est un atout.
Il conviendrait de conserver la parcelle entière
dans le domaine public, tout en procédant à un réaménagement complet de la zone
de jeux. Ce réaménagement devrait s’accompagner d’une rénovation des jeux, en
matériaux naturels s’insérant dans le cadre préservé du Saint-Quentin.
Une partie de l’espace vert pourrait être
avantageusement dédiée à un lieu de convivialité intergénérationnel, rehaussant
le bien vivre à Scy-Chazelles.
Une clôture solide munie d’une grille fermée la
nuit devrait permettre la tranquillité des lieux pour les riverains. Elle
serait couplée avec le dispositif de vidéo-surveillance qui fonctionne
actuellement.
Cette aire publique dédiée aux loisirs des enfants
et à la convivialité de tous mériterait, pour l’intérêt général, d’exister et
de perdurer.
Quelques considérations.
Sur l’aspect financier :
Le but de cette vente est bien entendu une
recherche de nouvelles liquidités.
Après la vente de l’immeuble de rapport au 1 rue
de la Cheneau (325 000 €, 50 000€ en dessous de l’estimation des
domaines), du presbytère (350 000 €), de l’école Sous-les-Vignes
(350 000 €), de la Batterie (112 000 €), c’est tout le patrimoine
foncier bâti de la commune patiemment accumulé, entretenu et préservé durant
des décennies qui a été vendu, et ce, en quatre années de mandat.
Le terrain communal au Chemin des Grandes Vignes a
lui aussi été vendu au promoteur Magnum Immobilière l’an dernier (230 000
€). (On peut aussi évoquer l’augmentation des recettes fiscales, notamment
grâce à la forte hausse des taux impositions votée en début de mandat, qui a
rapporté en cumulé entre 2014 et 2017, près de 600 000 € supplémentaires à la
commune)
Que reste-t-il encore comme bien de valeur en
possession de la commune, hormis l’espace herbeux derrière le lavoir, estimé à
315 000 € par le service des Domaines, qui sera donc mis en vente
prochainement, selon la délibération du 15 mai 2018 ?
Sur l’aspect
« incivilités » :
C’est un des points que la municipalité a mis en exergue pour
vendre le terrain, son atout maitre pour cette vente.
Il est peu fréquent, et c’est un euphémisme, que
des troubles à l’ordre public se produisant dans un parc, square, terrain de
jeux, espace vert, stade… soient résolus par la vente du bien.
Fort heureusement il existe des moyens de lutte
contre la présence nocturne d’indésirables dans ces lieux publics.
On peut évoquer la pose d’une clôture solide munie
d’une grille d’accès entourant la parcelle, et fermée la nuit, couplée au
dispositif de vidéo-surveillance qui visualise depuis quelques mois une vaste
zone autour de la mairie, dont fait partie le lavoir.
Cette motivation municipale, d’une grande
faiblesse argumentaire, démontée à plusieurs reprises en public, n’est plus
trop présente dans l’argumentaire de nos élus pour justifier cette vente.
Sur l’aspect esthétique :
Actuellement notre magnifique lavoir est mis en
valeur par l’écrin naturel que constitue l’espace vert herbeux. La perspective
d’entrée du village est aussi bonifiée par cet espace vert. L’esthétique de cet
environnement risque de pâtir de construction de maisons, ainsi que de clôtures
(végétales ou minérales).
Le lavoir et son environnement proche font partie
du patrimoine de notre commune. On ne peut douter qu’il en sera altéré, sans en
connaitre encore le degré.
Sur l’utilisation de ce terrain par les enfants :
Depuis de très nombreuses années, ce terrain
herbeux est utilisé par les enfants de la commune, pour leurs jeux, ou
simplement pour se retrouver entre amis. Il assure le complément entre les jeux
pour les tout petits et le terrain multisports, et couvre environ les 2/3 de la
zone où jouent les enfants. Son amputation ne serait pas sans conséquence pour
les enfants, les parents, et les nounous de la commune. On ne peut en douter.
Cet espace vert fait partie du domaine public de
la commune et accueille régulièrement du public : il fait partie
intégrante de l’animation et de la vie de la commune, par le biais de nos
enfants, depuis très longtemps.
Sur le renouvellement
générationnel :
Le village a perdu, il y a peu de temps, son école
maternelle. La vente des 2/3 de l’aire utilisée par les enfants serait une
perte d’attractivité de plus pour Scy-Haut envers les jeunes (ou futurs)
parents.
Le village a besoin d’une mixité générationnelle
pour survivre, du moins dans la conception partagée qu’en ont les villageois.
Ce renouvellement générationnel indispensable est déjà rendu difficile par les
prix de l’immobilier.
Le problème des sources :
La construction du lotissement de l’impasse Drogon avait
occasionné une perturbation des sources qui occupaient cette zone depuis des
siècles. Afin de préserver l’alimentation en eau du lavoir, ainsi que la
pérennité du système hydrologique en aval, la municipalité de l’époque avait dû
procéder à des travaux de drainage et de récupération des eaux dans l’espace
herbeux, qui ont limité les dégâts.
Actuellement, il est difficile de prévoir les
conséquences d’une urbanisation de l’espace herbeux sur la circulation des eaux
souterraines. Ni sur l’alimentation du lavoir, ni sur l’écosystème en aval (y
compris la zone humide, qui elle relève du code de l’environnement qui affirme
le principe selon lequel « la
préservation et la gestion durable des zones humides sont d’intérêt général »), ni sur le cours du ruisseau, ni sur les habitations.
Ces dernières étant susceptibles d’être impactées,
soit par une diminution, soit au contraire par une augmentation de la présence
des eaux. Ce qui pourrait être problématique et préjudiciable pour ses
habitants.
Nous espérons qu’une étude d’impact soit réalisée
avant toute vente, pour établir un état des lieux hydrologique, afin
d’effectuer un point précis des effets qu’aurait une urbanisation de l’espace vert
sur le lavoir, sur les maisons en aval, et sur l’écosystème en aval ;
ainsi que d’éventuelles préconisations, si nécessaire, pour éviter des
troubles.
Elle permettrait aussi d’établir un cahier des
charges précis et détaillé repris dans des clauses impératives de l’acte de
vente.
Par cette précaution annexée à l’acte de vente,
cette étude d’impact hydrologique sécuriserait juridiquement la commune.
Des formules telles que proposées par la
municipalité lors du conseil municipal du 15 mai 2018 « le cahier des charges de la vente indiquera
par exemple qu’il y a des sources, que l’alimentation du lavoir ne devra pas
être impactée et qu’un drainage existerait en surface. » ne constitue
aucunement une évaluation de la situation hydrologique du terrain, ni un cahier
des charges apte à sécuriser les maisons et l’écosystème en aval, ni une
garantie juridique solide en cas de problème.
Une privatisation de
l’espace public :
Outre la construction de maisons d’habitation, une
possibilité existe que des riverains aient envie d’acquérir ce terrain pour
agrandir leur propriété.
Dans ce cas, les conséquences sur l’environnement
seraient minimisées, mais les habitants et usagers ordinaires de ce terrain
seraient toujours évacués de cet espace vert communal, qui se transformerait en
terrain privé. Une forme de sélection par l’argent que subiraient de toute
manière les habitants de Scy-Chazelles, qui sont actuellement, faut-il le
rappeler, tous propriétaires de ce terrain public.
Une conclusion :
Nous ne doutons pas que nos analyses et
propositions recueilleront l’assentiment d’un certain nombre d’habitants pour
un autre devenir de ce terrain communal, qui fait partie de notre bien commun
depuis si longtemps.
Tant que l’acte de vente n’est pas signé, il est
encore possible aux habitants de se réapproprier (s’ils le désirent) le devenir
de cet espace vert pour continuer à l’utiliser, le faire vivre pour un avenir
commun qui valorise le bien vivre ensemble dans notre commune, et le
transmettre aux générations à venir. Après tout, ce terrain appartient à
l’ensemble des habitants de Scy-Chazelles. Ils peuvent encore exprimer leur
opinion, c’est le propre de la démocratie.